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Tout feu tout flamme au Perou


Sommet du Pisco!!

Voilà plus d'un mois que nous sommes au Pérou, et nous sommes désormais totalement acclimatés. Sauf que la météo a décidé de nous mettre à l’épreuve en se montrant clémente le matin pour revenir inlassablement au nuageux pluvieux voire orageux l’après-midi. Résultat, pour nous lancer à l'assaut des plus grands pics comme le Huascaran, il nous faut « esperar », autrement dit : attendre et espérer. Mais rester les bras croisés ne nous ressemble pas et nous trouvons toujours à faire ! D'autant que les sommets plus accessibles commencent à être fréquentés par de plus en plus de monde, gringos ou peruanos. C'est comme cela que nous rencontrons il y a quelques jours un groupe de joyeux aspirants guides péruviens en route pour le Nevado Pisco (5752m). Il y a là Renato le chilien, Paulino, Hector et Vidal le benjamin âgé tout juste de 19 ans. Nous ne ferons pas le sommet avec eux, préférant attendre le lendemain que la pluie cesse. Mais notre réseau péruvien prend forme et aussitôt les pentes du Pisco skiées (oui on continue avec le portage), nous retrouverons nos aspirants à Hatun Matchay, spot de grimpe connu pour l’excellence de son rocher volcanique et la beauté du site.

Vidal, le benjamin du groupe de jeunes aspirants

Sur la crete qui mene au Pisco

Les crevasses géantes, c´est rigolo!

Quelques mots sur le métier de guide au Pérou : devenir guide, c'est s'engager dans une véritable carrière. Il y a peu d'alpinistes péruviens qui grimpent pour eux et le métier de guide, même s'il est exercé par des passionnés, est avant tout un moyen de subsistance. L’apprentissage est donc bien plus formel qu'en France. Deux ans d’école avec cours théorique et stages pratiques les mois d'hiver (donc juin juillet août environ). Pas d'examen d’entrée comme le Probatoire en France, cartographie et langues au programme, et ski non obligatoire (à moins de vouloir la certification internationale UIAGM). D’où un niveau moins élevé à l’entrée, mais qui s’élève au cours de la formation. En tout cas, cette bande d’aspirants guide en veut et nous font découvrir leurs montagnes, exactement comme le veut notre projet ! Connaitre les guides et les cuisiniers qui les accompagnent est un vrai plus qui nous permet de mieux nous intégrer. Conseils sur les conditions, astuces pour négocier les prix du transport, rab de plats cuisinés par les cuistots des guides… Le tout assaisonné d’un œil rieur et de blagues salaces. Les péruviens mâles ont d'ailleurs un sens de l’humour particulier. En descendant du Pisco en bus, le chauffeur, hilare avec son rire gras, a amusé tout le bus en montrant une vidéo porno sur son portable ! Et ce n'est pas notre seule expérience de rire gras péruviens…

Le rocher parfait d´Hatun Matchay, avec brouillard de rigueur

Après le Pisco, quelques jours plus détentes à Hatun Matchay sont les bienvenus. Plus de sacs à porter, et nous nous réjouissons de pouvoir lézarder au soleil. Raté ! On aura jamais vu un temps aussi humide et glacial ! C’est l’Ecosse, destination de dernière minute de La Voix des Cimes. Les aspirants sont là pour (ré)équiper des voies d’escalade dans le cadre de leur apprentissage du métier de guide. On ne voit pas à 10 mètres, et les échos de la perceuse et du marteau résonnent entre les monolithes rocheux. Ambiance fantomatique. Le lieu reste magique et dégage une aura quasi divine. On comprend pourquoi les incas venaient ici pour graver la pierre et les multiples grottes de symboles en bas reliefs. Une forêt de rocs déchiquetés, voilà à quoi ressemble Hatun Matchay, paradis de la grimpe. Avec le brouillard qui monte entre blocs et monolithes, on se prend pour des intrus qui pénètrent dans ma demeure des dieux sans autorisation. Les derniers jours, nous auront du soleil, enfin ! Quoique, les doigts sont déjà bien entamés par le rocher des plus abrasif… Quelques mots sur le métier de guide au Pérou : devenir guide, c'est s'engager dans une véritable carrière. Il y a peu d'alpinistes péruviens qui grimpent pour eux et le métier de guide, même s'il est exercé par des passionnés, est avant tout un moyen de subsistance. L’apprentissage est donc bien plus formel qu'en France. Deux ans d’école avec cours théorique et stages pratiques les mois d'hiver (donc juin juillet août environ). Pas d'examen d’entrée comme le Probatoire en France, cartographie et langues au programme, et ski non obligatoire (à moins de vouloir la certification internationale UIAGM). D’où un niveau moins élevé à l’entrée, mais qui s’élève au cours de la formation. En tout cas, cette bande d’aspirants guide en veut et nous font découvrir leurs montagnes, exactement comme le veut notre projet ! Mais nous avons parlé de rééquiper des voies à Hatun Matchay. Pourquoi ? Pas pour la vétusté des spits, au contraire. Ce site, magnifique qu'on soit grimpeur ou simple observateur, est l’objet d'un conflit qui dure depuis plusieurs mois désormais Confort garanti dans un cadre parfait. Puis, sans que l'on sache vraiment pourquoi, il a été abandonné et même incendié. De plus, les spits qui équipent les voies ont été arrachés pour beaucoup d'entre eux. Parfois toute la voie, parfois les 2 premiers seulement. Apparemment l'œuvre du même type qui a incendié le refuge. En arrivant, nous n'y prêtons pas vraiment attention, si ce n’est lorsque nous maudissons ce déséquipement sauvage qui nous empêche de grimper. Mais le potentiel du site est tellement énorme qu'on ne risque pas de s’ennuyer !

Il etait temps de faire travailler les bras!

Ambiance detrempé pour équiper...

Enfin le soleil!

Et son coucher...

A défaut de refuge, nous dormons dans une des petites cabanes en pierre et toit de paille à côté. C'est sec et spacieux, parfait ! Soudain, au beau milieu de notre deuxième nuit, nous sommes réveillés par les Américains qui dorment en tente à côté et qui ont défoncé notre porte de paille : « Fire ! Fire ! Get the fuck out !! » Il est minuit, il a plu toute l’après-midi et aucun de nous ne prend la menace au sérieux. Jusqu’à ce que Corentin passe la tête dehors. L’urgence dans sa voix est comme un électrochoc : « Putain Arthur balance tout dehors faut se barrer !! » En effet, on commence à sentir la fumée. Dehors, les flammes oranges montent haut du toit de paille de la cabane justa à côté de la notre. Deux petits mètres et le vent qui souffle du bon côté nous séparent de la catastrophe. A côté de la tente des Américains, une autre cabane est en feu. Nous sommes un peu abasourdis par ce réveil et nous mettons quelques temps à reprendre nos esprits, en caleçon dans l'herbe trempée. C'est là qu'on s’aperçoit que le robinet d’eau qui nous abreuvait a été détruit. Plus de doute, on est au beau milieu d'une scène de crime ! Un des Américains nous dit avoir entendu des pas dehors. Il a pensé à un de nous allant aux toilettes avant de voir les flammes monter et d’entendre le feu crépiter. Nous retrouverons même l'allumette criminelle dans une bouteille d'eau laissée dehors. Le bonhomme allie pyromanie et mesquinerie. Nous finissons le séjour en tente au milieu des blocs pour échapper à toute nouvelle attaque. Il se peut que nous ayons échappé de peu à l'incendie de notre propre cabane pendant que nous dormions. Nos chaussures qui séchaient devant notre cabane ont sûrement dissuadés notre criminel d’allier incendie et homicide.

De retour à Huaraz, nous portons plainte à la police de tourisme et nous apprenons toute l’histoire. Sans aucun doute, tout le monde désigne un certain Andres, ancien gérant du refuge à Hatun Matchay. C’est lui aussi qui se cache derrière l’incendie die du refuge et le déséquipement sauvage des voies d’escalade. Apparemment, il n’aurait pas supporté de ne pas voir son contrat de gardien de refuge renouvelé par la Communidad. A partir de là, le voilà devenu fou furieux (il n’avait pas besoin d’aide pour ça nous laisse-t-on entendre). A tel point qu’il va jusqu'à casser le bras de sa copine de l’époque. On ne sait pas vraiment si il y a un lien avec son expulsion du refuge, mais ça illustre bien la violence dont il est capable.

Nous assistons à une réunion de crise chez Zarela, la propriétaire d’une des auberges de grimpeurs de Huaraz qui connaît tout le monde ici. Elle nous invite à témoigner devant l’actuelle présidente de l’organisme responsable du site, un guide argentin qui a lui aussi eu affaire à Andres, et d’autres grimpeurs au courant de l’affaire.

Incroyable le pouvoir de nuisance d'un seul détraqué et le nombre de gens qu'il faut mobiliser pour l'arrêter, ou du moins essayer. Incroyable aussi quand on pense à la motivation haineuse d’un type seul pour passer son temps à déséquiper des voies, à faire 3h de route en pleine nuit, dont une bonne partie sur route défoncée, avec des bidons d’essence plein le coffre pour foutre le feu à deux vieux cabanons au milieu de nul part!

Les bons côtés (à part d’être toujours vivants), c’est que nous connaissons grâce à l'intervention d'Andres plein de monde du secteur de la grimpe et du tourisme local, et nous développons un réseau de connaissances et d’amis toujours plus vaste.

Et puis, notre réchaud fou qui menace de brûler notre tente à chaque utilisation a un petit surnom désormais… devinez lequel!

Au cours de ces curieux evenements, nous avons pu noter l'occupation du territoire central par un couple d'allemands/autrichiens. Comme de bons français, nous les avons rapidement abordés par quelques blagues nazies bien senties. Apres cette blitzkrieg, nous pouvions devenir de bons collaborateurs, puis de veritables amis! Etant logés depuis des semaines chez casa jaimes, veritable repaire d'israeliens, il etait naturel qu'Anna et Mauritz, (c'est leur nom si vous ne l'aviez pas deviné) souhaitent nous rejoindre ! Ce couple à l'humour aussi ravageur qu'un bombardement de la Luftwaffe nous a rapidement fait part de leur envie de tater de la montagne a nos côtés, telle l'alliance des autrichiens et des allemands pour conquerir la face nord de l'Eiger ! Le Vallunaraju tout proche semble idéal, 5680m dominant Huaraz. Un autre allemand rencontré au café du coin complète la bande : fabian, 25 ans, mono de ski, copine peruvienne.

Nous serons donc 5 plus le chauffeur de taxi dans une toyota des années 90, avec 5 sacs et des suspensions inexistantes, pour rejoindre le départ de cette petite balade, à 4400m, trop easy! 20km de taxi, nous mettrons donc deux heures, sur une route tenant plus de la moraine que de l'avenue des champs Elysées.

A 6 dans une vieille Corolla!

La montée jusqu'au campo moreno à 4950m est l'occasion de prodiguer nos premiers conseils de guide, et de faire comprendre à nos deux clients la technique de la marche lente utilisée en haute altitude!

La haut, deux groupes guidés sont présents, autant être nombreux pour profiter de l'orage de grêle de l'après-midi! Trois bonnes heures à se faire bombarder plus tard, c'est l'heure de la semoule/soupe puis du dodo! Enfin presque, puisque nous ne fermerons pas l'oeil de la nuit sur ce sol en pente, mon matelas ayant en outre décidé de crever, Amen a lui!

La team de choc

Au Perou, il fait toujours beau on vous dit!

A 3h30, il est temps d'aller bosser, et toute cette joyeuse bande de partir vers les cimes! A 5 sur une cord quand même! Pour une fois, nous prenons notre temps, et les pauses sont nombreuses. Mais pour tout le monde l'ambiance est magique! Le ciel nous dévoile peu à peu ses étoiles, et les lumières orangées de Huaraz nous rappellent notre humanité au milieu de ce glacier froid et inhospitalier ! Pour Anna, ce sont les premiers pas en crampons dans un tel univers ! Le soleil pointe le bout de son nez, et au loin nous pouvons voir les éclairs frapper pour un orage matinal...

Les lumieres de la ville...

Mais du côté de chez nous, le ciel est bien dégagé et nous progressons lentement mais surement, nous frayant notre chemin au milieu des immense crevasses...toujours aussi impressionants les glaciers péruviens ! Après quelques brèves sections plus raides, nous atteignons le col entre les sommets sud et nord, et nous prenons un bon bain de soleil...

Navigation sur le glacier

L'ivresse des cimes!

Anna, un peu eprouvé à 5550m nous attendra en compagnie de Mauritz, tandis que nous cheminons vers le sommet Nord en compagnie de Fabian et ses skis ! Après un gros brassage dans de la neige sucre execrable, c'est un nouveau sommet dans la poche! Grosse crise de jalousie, si cette neige est terrible à tracer, elle semble parfaite à skier, mais cette fois nous n'avons pas nos fidèles destriers!

On trace dans la neige sans cohesion...

Fabian nous gratifiera de splendides virages bien exposés sur cette crete sommitale... Nous rejoignons nos germains un peu plus reposés, afin d'atteindre avec eux le sommet Sud à peine moins haut! L'honneur est sauf!

La cordee franco-allemande en direction du sommet nord

C'est dur la vie d'initiateur CAF!

Et un de plus...

Le Ranrapalca au fond...

Gneeeee!

La descente est l'occasion de travailler quelques points techniques, le cramponnage, la navigation sur glacier... Cette fois c'est sur, la voix des Cimes est en plein dans le partage ;)


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